Voyage au Pérou avec les Ultrachaskis

Le trail n’a pas de frontière, le trail c’est l’aventure… Nicolas Viallet et son équipe, les UltraChaskis, incarnent à merveille cette vision du trail. Ce français, originaire de Miramas (13), vient en effet de participer, en équipe, à un projet sportif au Pérou. Le challenge : relier le site archéologique de Choquequirao à Machi Picchu en trail running en utilisant les chemins incas encore conservés. 115 km parcourus en 2 jours en autonomie, 7800 m de D+, 4 sites archéologiques, des paysages impressionnants… ça laisse rêveur ! Nicolas s’est livré au jeu des questions réponses pour vous présenter plus en détail cette belle aventure.

Salut Nicolas. Peux-tu nous présenter l’équipe des UltraChaskis ?

Nous avons fait ce projet à 3: Max Delgado (Péruvien), ancien footballeur reconverti au trail. José Gonzalez (Colombien) qui pratique aussi bien le vélo que le trail ou trekking en haute montagne et moi-même Nicolas Viallet (Français) qui a découvert le trail il y a 3 ans.

J’ai rencontré Max, lors des derniers km de mon premier ultratrail (60km). Il connaissait José à travers un groupe de traileurs qui s’entraîne sur Lima. L’an passé on s’est rendu compte qu’on aimait la même chose : passer notre weekend en montagne à courir et à découvrir de nouveaux lieux. On a fait d’autres petites routes avant, des “trekkings” menant à des ruines comme Rupac par exemple, mais en mode trail.

Comment as-tu atterri au Pérou ?

Cela fait 10 ans que je ne vis plus en France, j’ai vécu presque 4 ans à Malte qui est une très petite île et j’avais besoin de voir autre chose de plus grand! J’ai atterri au Pérou car un ami d’un ami y était. Je pensais que ce serait seulement un point de départ, y rester seulement 6 mois puis voyager en Amérique du Sud, mais au final je suis installé maintenant depuis plus de 5 ans.

Comment vous est venu l’idée de réaliser un tel challenge ?

Comme je disais, nous avions déjà fait plusieurs routes plus courtes de “trail/découverte”. Lors d’une compétition dans le sud du pays José a mentionné qu’il était possible de relier Choquequirao à Machu Picchu, moi j’avais déjà fait la première trame en trekking allant jusqu’aux ruines de Choquequirao.

Mais en cherchant sur internet on a trouvé très peu de récits sur des blogs et des sites comme wikiloc. La meilleure source d’information était en Portugais je me rappelle. C’est un chemin Incas qui a été préservé et que très peu d’agences de tourisme d’aventure propose en trekking de 8 jours (avec tentes, porteurs, mules, nourritures etc…). Notre but : le faire seuls et en mode trail!

On s’est réuni plusieurs fois pour planifier la route avec précaution car la grande difficulté était le fait de le faire en autonomie totale. Les réunions portaient sur la route (GPS, calcul des temps pour chaque étape), l’équipement (porté le minimum de poids tout en gardant le nécessaire à notre sécurité), la nourriture etc…

Peux-tu revenir en détail sur votre parcours

Le point de départ est un village qui s’appelle Cachora (à 4h de Cusco), il y a un mirador (2900m) où débute le chemin qui mène jusqu’au site archéologique de Choquequirao. Il faut traverser la rivière Apurimac, c’est une descente de 1400m. Avant il fallait traverser avec une espèce de tyrolienne où tu montais dans une cage en fer mais maintenant il y a un pont.

Ensuite vient un km vertical pour arriver à Marampata, un petit village à 3000m avant Choquequirao (3100m, km 20). Ils appellent ce site la “petite sœur sacrée” de Machu Picchu, et il est encore bien préservé car il y a peu de visites. Pour ceux qui sont intéressés, il faut en profiter avant qu’ils construisent un téléphérique et que le site devienne vraiment commercial comme Machu Picchu. Choquequirao possède les seules terrasses de culture décorées de tout l’Empire Inca (avec des lamas et serpents en pierres blanches).

Sur cette partie, il est impossible de se perdre, en fonction de la date, si c’est la période touristique, il y a plusieurs campings sur le chemin. Nous l’allons fait hors saison, le seul point de “ravitaillement” était Marampata.

A partir de là c’est l’aventure! Il n’y a plus de village avant Yanama au km 45. De plus c’est une partie brutale. Où une fois passé le sommet à 3300m, on descend à nouveau jusqu’à la rivière “Rio Blanco” (1600m). Sur ce single track il y a les terrasses de Pinchaunuyoc. Une fois à la rivière on recharge les gourdes car il faut passer un autre bras de la cordillère des Andes.

10km de montée jusqu’au sommet à 4175m, il est possible de faire un pause à mi-chemin (Maizal) au camping de “Don Valentin” tenu par un couple âgé qui vous recevra malgré la barrière de la langue (ils parlent Quechua et très peu d’espagnol). Nous avons fait cette route juste après la saison des pluies et de Maizal jusqu’à Yanama nous avons eu de la boue jusqu’aux chevilles. Cela nous a ralenti et on est arrivé à Yanama de nuit (5k de descente, 3600m). Yanama est un village, il est possible de manger, dormir, faire un ravitaillement etc….

Le lendemain nous sommes partis à 4h du matin pour s’affronter au sommet le plus élevé de ce trail, Llamoca à 4670m au levé du jour vers 6h. Là, on a eu droit au froid, à la pluie puis la neige. C’est un passage délicat car il ne faut pas se perdre ou sortir du chemin car il raccourcit grandement la distance en comparaison à la route zigzagueuse qu’empruntent les véhicules.

Une fois de l’autre côté de la montagne, vient une partie bien roulante en légère pente pas très intéressante. On a quand même eu droit à une route bloquée par les éboulis (dus aux récentes pluies).

Il faut sortir de la route principale pour prendre le chemin menant à Llactapata, un autre site archéologique avec vue sur le Machu Picchu. Là c’est quasiment un autre km vertical sur un super single track. Les jambes commencent à peser, nous sommes à 100km cumulés.

Dernière descente raide pour arriver sur du plat et rejoindre la centrale hydroélectrique d’où partent les trains pour “Aguas Calientes”, le village de Machu Picchu. A partir d’ici c’est 8km de plat jusqu’à la montée de Machu Picchu ou 10km si vous allez jusqu’à Aguas Calientes. Ce chemin longe la voie ferrée donc c’est un sol caillouteux pas très agréable après autant de km. De nombreuses personnes l’empruntent pour se rendre à pied au village et économiser le billet de train (passage des routards, backpackers).

Et finalement, la dernière montée jusqu’à Machu Picchu que l’on monte rapidement malgré la fatigue. C’est un chemin avec des escaliers en pierre qui coupe la route empruntée par les bus touristiques. Puis la visite de ce site merveilleux (pour être honnête on n’a pas fait tout le tour… il était temps de s’asseoir et contempler le paysage).

Si vous voulez consulter la trace:
http://tracedetrail.fr/fr/trace/trace/37368
https://www.strava.com/activities/965287047

Avec le recul, si tu devais retenir un seul moment fort vécu durant ce challenge, ce serait quoi ?

Pour moi cela reste bien sûr l’arrivée à Machu Picchu par l’ancien chemin car c’est l’émotion de la “ligne d’arrivée”. Mais de manière plus générale, c’est ce sentiment de suivre les traces des Incas, empruntant des chemins centenaires et en particulier cette section qui reliait les deux citadelles principales de L’Empire: Choquequirao et Machu Picchu.

Et le moment le plus dur ?

Chacun a eu ses hauts et ses bas, pour moi le moment le plus difficile fut le pic de Llamoca. Je supporte mal le froid et arriver au sommet avec la neige au moment le plus froid de la nuit (juste avant le lever du jour) fut très dur. Je tremblais et j’avais les mains congelées. Je voulais faire une pause, essayer de me réchauffer mais mes collègues refusaient. Mais avec le recul, ils avaient raison car il fallait sortir de cet endroit le plus rapidement possible.

Peut-on imaginer une petite compétition sur ce même tracé? Par exemple: avec un faible nombre de participants sélectionnés, en respectant l’authenticité des lieux.

Il est difficile d’imaginer une compétition passant par Machu Picchu, il s’agit d’une des 7 merveilles du monde modernes. Difficile d’imaginer une course passant par les pyramides d’Egypte par exemple. De plus, de Choquequirao à Yanama, il y a plus de 20km sans aucun accès en cas d’accident; et le Pérou n’est pas encore équipé pour un support en hélicoptère par exemple (comme j’ai vu en Argentine lors d’une course de 3 jours “El Cruce”).

Par contre oui il est possible de faire des sorties trail indépendantes. Il serait intéressant que des athlètes de haut niveau viennent et battent notre temps. Une sorte de compétition virtuelle sur Strava ou autre.

Notre objectif en tant qu’équipe UltraChaskis est de découvrir le Pérou, de faire nouvelles routes et surtout d’en faire la promotion aussi bien au niveau national (car le trail running commence tout juste ici) qu’au niveau international (diffuser l’information, les tracés GPS etc… pour motiver les gens à connaître ce pays fantastique).

Est-ce que ça te plairait de refaire l’aventure en guidant d’autres pratiquants de trail ?

Oui complètement, je ne refuse jamais une bonne excuse pour retourner à Cusco! Surtout que je préfère ce type d’aventures aux compétitions. J’ai déjà fait cette route deux fois et il est tout à fait possible d’organiser le transport, les entrées aux sites, logement etc.. Il est aussi possible de le faire en 3 où 4 jours pour profiter un peu plus des sites archéologiques et prendre des photos etc… Si certains de tes lecteurs se motivent, ils peuvent me contacter.

Pour la suite, as-tu d’autres défis en tête ?

J’ai une compétition à la fin du mois d’Août à Cusco justement, un 100km (Andes Race). Après cela j’ai plusieurs routes en tête. Certaines à Huaraz, la capitale de l’alpinisme au Pérou mais je veux aussi tester de nouveaux environnements et climats. J’ai un projet dans la jungle mais l’accès reste compliqué. Avec le développement du tourisme, le nombre de vols nationaux et les destinations augmentent donc cela devrait se concrétiser. Sinon, j’ai aussi le désert en tête, d’ailleurs le marathon des sables vient au Pérou à la fin de l’année!

Pour plus d’infos, allez sur le site des UltraChaskis

 

2 Replies to “Voyage au Pérou avec les Ultrachaskis”

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