Pano-Vercors 2020 : un jour sans

L’Ultra trail est un sport magnifique. A mes débuts, parcourir de telles distances me paraissait si inaccessible… Et puis j’ai franchi les étapes une à une pour vivre des aventures exceptionnelles ces dernières années.

Mais c’est aussi un sport qui peut se montrer terriblement ingrat. On peut s’entraîner sérieusement plusieurs mois et puis s’écrouler le jour de l’objectif.

Cette expérience, je ne l’avais encore jamais vécue depuis mes débuts en trail en 2010. J’ai bien connu des énormes coups de mou lors de la montée au Cade (Templiers 2018) ou entre le col de la Mine de Fer et le col de la Vache (Echappée Belle).

Mais cela avait chaque fois fini par passer. Et surtout, cela restait des périodes de défaillances assez courtes par rapport à la durée de la course.

Mais c’est désormais chose faite depuis ce samedi 12 septembre 2020 que je ne suis pas près d’oublier ! Je vous raconte mon naufrage dans cet article, prenez votre gilet de sauvetage pour m’accompagner.

Tout avait pourtant bien commencé

Comme souvent, la nuit précédent la course a été hachée. Mais je me sens plutôt bien lorsque je me lève un peu avant 4h. Le temps de manger un peu et de me préparer, je suis prêt pour rejoindre le départ à Châtillon-en-Diois.

C’est parti pour le départ à 5h30 ! Nous sommes environ 110 coureurs au départ. Après être sorti de Châtillon, ça grimpe assez rapidement mais la pente reste assez douce. Je prends un départ très prudent. Je sens que j’en ai sous le capot.

J’aime beaucoup cette partie de nuit en forêt où nous pouvons par moment profiter d’un beau clair de lune. Je discute avec un coureur qui a également fait l’Echappée Belle l’année dernière. Au fil de la discussion on se rend même compte qu’on a partagé un bout de chemin ! Il était arrivé quasiment en même temps que moi (15 minutes après).

Bref, j’aime cette ambiance conviviale et ce décor. Le jour commence à se lever. Je veille à bien m’alimenter et à boire régulièrement. Tout va bien.

Je rattrape Marie Dandrieux (future compagnon de galère) qui fait partie du Taillefer Trail Team et Mandy, future troisième féminine de la course. Nous faisons la descente vers le ravitaillement d’Archiane ensemble.

Il est environ 8h45, nous avons fait environ 23 km et 1300 d+. Je suis plutôt à l’avant de la course et tout semble aller pour le mieux.

Et puis la chute devient inexorable

Je ressens quand même une légère fatigue à Archiane. J’ai un peu mal à la tête et mon champ de vision est un peu rétréci. Je m’alimente correctement, sans plus, et c’est reparti pour la montée vers Benevise.

Je rejoins Marie et nous allons faire une longue portion ensemble. Lors de la longue montée au col de Côte Chèvre (800 d+) , je commence à me sentir moins bien. Et je vois bien que Marie n’est pas au top non plus. Quelques coureurs nous doublent, c’est un signe qui ne trompe pas.

Je me sens nauséeux et j’ai du mal à m’alimenter. Nous ne sommes même pas à un tiers du parcours, ça sent mauvais pour la suite !

J’ai besoin de faire une courte pause au col pour respirer un grand coup. Je ne suis plus très loin du col de Menée où m’attend ma famille. Je pensais y arriver relativement frais pour ensuite accélérer un peu. Mais c’est tout l’inverse qui se produit : je me dis que ça va être très compliqué de continuer.

Je me force à prendre un gel énergétique (mon joker) et cela me booste un peu. La suite est un peu moins difficile et les paysages sont magnifiques. Sans avoir un gros rythme, je rejoins assez vite le col et j’aperçois ma famille.

Malgré mon début de défaillance, je suis dans les temps prévus, il est environ 11h30. Mais je sais que ma chute est inexorable.

La tête sous l’eau mais les yeux grands ouverts

La question de l’abandon se pose déjà. Je m’interroge, j’en parle à ma femme. Je m’allonge et je prends le temps de calmer mes douleurs à l’estomac et mon mal de crâne.

Finalement, au prix de plusieurs cocas et de quelques bricoles à manger, je repars après 30 minutes de pause (!).

Ma seule motivation est de profiter des crêtes qui vont suivre, c’est quand même le cœur de cette Pano-Vercors.

Je vais avoir un léger coup de mieux pour affronter la suite qui est vraiment superbe. Je peine bien évidemment à relancer sur les portions un peu plus roulantes.

Mais je prends le temps de faire des petites pauses pour diminuer un peu ma souffrance et regarder le paysage qui m’entoure. La montée au Jocou est vraiment raide mais je m’en tire assez bien. Je me débrouille pour avaler un peu de crème de marron, un des rares aliments qui ne m’écœure pas encore trop.

La suite est relativement rapide pour arriver au col de Grimone. J’y arrive bien entamé vers 14h30.

Cette fois-ci, ce n’est plus possible je vais rendre mon dossard. En plus je vois Marie, arrivé quelques minutes avant moi, qui abandonne après avoir tenté de repartir du ravitaillement.

Mais il y a la Toussière qui m’attend, peut-être le plus beau passage de cette course. Après 30 minutes de pause à rester allongé, c’est décidé : je vais tenter un dernier baroud d’honneur.

En roue libre

Je parviens à manger 2 bouts de bananes et je remplis mes flasques de coca !

La montée va être irrégulière et assez longue. Surtout, la fin est raide et offre un beau passage technique assuré par un câble et une corde.

Mais c’est vraiment beau et sauvage. J’aime ce coin. Une fois au sommet, je m’assois quelques minutes et je respire un grand coup en regardant l’univers qui m’entoure.

Ma décision est prise : ma course est désormais terminée. J’ai atteint mon objectif « de repli » et terminer coûte que coûte n’a pas de sens étant donnée la difficulté à prendre du plaisir.

Il faut tout de même rejoindre le ravitaillement de Boulc. Il reste une longue descente puis une partie un peu roulante.

Cela va être long. Je profite d’une fontaine pour me passer la tête sous l’eau. J’ai même envie de m’y baigner tout entier car il fait bien chaud !

Je suis sorti mentalement de la course…et je loupe un balisage. Cela me rajoutera près de deux kilomètres en bonus !

Du coup, j’accélère dans la dernière montée, un peu agacé. Puis j’attaque la dernière descente où je vois mon père venu à ma rencontre. Nous faisons la descente en marchant tranquillement. Il n’est pas étonné de ma décision.

Il est 18h30, je rends mon dossard à Boulc après environ 65 km et plus de 4000 de d+.

C’est mon premier abandon en trail. J’ai du mal à comprendre un tel jour sans mais je ne ressens pas de regret. Je suis juste un peu déçu pour ceux qui me suivent et qui ne sont pas habitués à ça. Mais comme je le disais dans mon précédent article, c’était déjà une chance immense de pouvoir mettre un dossard par les temps qui courent.

12 commentaires à propos de “Pano-Vercors 2020 : un jour sans”

  1. Chapeau! Juste l’idée d’y aller, de se lancer c’est déjà extraordinaire. Le corps humain nous joue qq fois des tours que nous avons du mal à comprendre. Félicitation

  2. Un « gros coup de mou », ça arrive à tout le monde ! Vous avez eu raison d’abandonner, la santé avant tout ! ça ira mieux la prochaine fois. Courage.;;

  3. Bonjour Jerome, je comprends ta déception, mais il faut écouter son corps, malgré les beaux paysages, il ne sert à rien de se faire du mal, tu as choisi la voie la plus sage, ce ne sera que partie remise avec une belle réussite en 2021. Bonne récupération, Anaïs

    • Bonjour Anaïs.

      Merci pour ton message ça fait plaisir. Il y a quelques années j’aurais peut-être lutté pour être finisher coûte que coûte.

      Ce n’est pas le mental qui m’a lâché, au contraire, je pense que ça montre une évolution de ma pratique et une meilleure acceptation de certaines choses.

      Un signal positif : j’ai repris l’entraînement avec une motivation intacte et l’envie de nouveaux défis (plus raisonnables pour commencer !)

  4. Qui n’a pas connu ou ne connaîtra pas ce foutu passage a vide au moins une fois, c’est déjà bien de se lancer mais malgré que tout les voyants soit vert au départ, l’ultra a toujours un lot de surprises, tu n’en sortira que plus fort pour la prochaine,

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